Non ?

C’est le jour où moi je ne suis pas allé voter tout en remettant au président du bureau de vote un document en expliquant les raisons (voir en bas de page).

C’était le jour des élections provoquées le 22 avril 2010 par un (in)certain Alexander-fils-à-papa De Croo qui avait précipité la démission du gouvernement Leterme.

Acte qui allait nous conduire vers 541 jours sans gouvernement.

Ci-dessous, un extrait de cette saga politico-politicienne et publiée dans un livre écrit à l’époque.   

541 a

541 b

 

Retour sur ces errements politiciens

                       

C’est à la fin du mois d’avril 2010, le jeudi 22 pour être précis qu’un certain Alexander-fils-à-papa De Croo, et accessoirement président de l’Open VLD, le parti libéral flamand, a précipité la démission du gouvernement Leterme.

Mais non, le bel Alexander n’a pas jeté cet énorme pavé dans le paysage politique belge uniquement par avidité ou pour se faire un prénom comme beaucoup d’observateurs se sont empressés d’en juger.

Pour d’aucuns, comme par exemple Jan Segers, journaliste politique au quotidien Het Laatste Nieuws, « Alexander De Croo n’est pas un flamingant, mais un Flamand convaincu et sûr de lui, sans complexe. Cet aspect de sa personnalité se fait spécialement ressentir aujourd’hui. Une partie de la Flandre se reconnaît en lui. Il en a marre de cette vielle manière de faire de la politique ». Tiens ! Lui aussi en a marre. Y compris de lui-même ?

Bref, le génial libéral flamand ayant actionné le couperet en avril 2010,  c’en était bien fini de ce gouvernement Leterme II. Du moins en théorie puisque, ce gouvernement est toujours aux manettes alors que l’année 2011 est bien entamée. Ne nous inquiétons pas trop pour nos gouvernants, ils continuent à être payés et les mois prestés seront assurément pris en compte pour leur future pension. «En affaires courantes», qu’ils sont, convient-il de dire. Il est utile de savoir qu’en cas de démission d’un gouvernement de communauté ou de région, la loi préconise qu’il expédie les affaires courantes en attendant la nomination d’un nouveau gouvernement. Par contre, en cas de démission du gouvernement fédéral, le gouvernement démissionnaire peut traiter toutes les affaires sauf si le Roi, ayant accepté la démission, en restreint les pouvoirs en le chargeant de n’appréhender que les affaires courantes et ce, bien que cette notion d’affaires courantes ne soit pas clairement traduite dans les textes de loi. Quoiqu’il en soit, des élections anticipées ont donc eu lieu le 13 juin 2010 … sans moi. 

 

Le 13 juin 2010, je n’ai pas voté

Beaumarchais

 

Prouver que j’ai raison serait accorder que je puis avoir tort.                        Beaumarchais    

Non, je n’ai pas voté.

J’ai refusé de participer à cette escroquerie-mascarade des élections anticipées du 13 juin 2010, une date faste ou plutôt une faste date comme disent les amateurs de phonétique exotique. Et ce n’est pas, comme certains de mes amis en ont émis l’hypothèse, par « incivisme  », mais, c’est plutôt un immense sentiment de dégoût (sans les couleurs) face à l’ensemble de notre classe politique (dommage que le L soit si loin du R sur le clavier, j’aurais pu justifier la faute de frappe) qui m’y a poussé. C’est cependant convaincu du bien-fondé de ma réaction que je me suis rendu au bureau de vote pour y remplir mon devoir de non-électeur et, par là-même, déposer un courrier explicatif adressé au président du bureau de vote.

Ce courrier est intégralement restitué ci-après :

 

****

Monsieur le Président du bureau de vote,

Après mûres réflexions, j’ai décidé de ne pas assumer mes fonctions d’électeur.

Ce n’est ni de gaieté de coeur ni par incivisme que je viens vous restituer ma convocation et je vous livre ci-dessous, dans le désordre, quelques-unes des raisons qui m’ont conforté dans ce choix.

Pourquoi je ne voterai pas:

Les relents du passé

Dans les jours passés, les semaines passées, les mois passés et les années passées les politiques de tout poil et d’horizons différents ont montré qu’ils ne savaient, ne voulaient ou étaient incapables d’assumer leurs responsabilités.

Les malversations

Qui plus est, et sans exagération, combien d’entre eux ne se sont-ils pas relayés pour défrayer à tour de rôle la chronique chaque semaine par des malversations diverses, en relation très souvent avec l’appât du gain ?

Et le pire, c’est que quelques années après avoir obtenu le non-lieu, très souvent pour dépassement du délai raisonnable ou prescription, ils réapparaissent sur les listes… 

La crise gouvernementale

A présent, «ils» ont provoqué une nouvelle crise qui nous conduit à nouveau en une coûteuse période électorale qu’aucun citoyen n’a souhaitée.

Mais, qu’importe l’argent dépensé.

Ce n’est pas le leur.

Le gouvernement saute (du fait d’un président de parti non-élu mais en mal de se faire un prénom) et c’est un pourcentage important de ces ratés qui vont se représenter à nos suffrages sans la moindre vergogne.

Les mêmes

Nous allons prendre les mêmes et tout va recommencer. Les mêmes que ceux qui viennent de jeter le gant. Leurs mines souriantes, leurs visages rayonnants, leurs têtes à donner le bon Dieu sans confession vont à nouveau polluer notre espace environnemental. «Ils» vont oser se présenter à nos nouveaux suffrages, après avoir tout raté, après nous avoir envoyés dans le mur. Ils vont vite oublier qu’ils ont déposé le bilan du gouvernement, qu’ils ont fait faillite, qu’ils n’ont rien fait pour redynamiser l’emploi, pour améliorer notre quotidien dans la grave crise que nous traversons.

Qui plus est, quand ils seront élus, oubliant les raisons pour lesquelles le citoyen leur a octroyé des postes à responsabilités, ils vont probablement réussir à … ne pas réussir à s’entendre pour former un nouveau gouvernement. 

La mentalité du politique

Ils sont plus accrochés à leurs émoluments et à leurs mandats qu’aux subsides nécessaires à octroyer pour les services de sécurité et d’incendie. Ils vont vite oublier qu’ils ont gelé les négociations à propos du non-marchand. Ils ne vont pas reconnaître qu’ils ont mis la vie des citoyens en péril en signant un contrat douteux (encore un, remember Francorchamps) avec GSK concernant la ridicule pandémie mascarade de la grippe AH1N1 qui a bien enrichi le secteur pharmaceutique dans une logique tout à fait Onkendalienne.

Le bilan

Ah oui, ils vont aussi oublier qu’ils ne se sont pas beaucoup remués pour entretenir les routes et faire sécuriser le rail.

La démocratie des médias

Ceci à plus forte raison que nos médias (RTBF) n’accorderont certainement pas aux petites listes la vitrine médiatique à laquelle démocratiquement elles auraient droit. Mais, il y a déjà bien  longtemps que la démocrassie a remplacé la démocratie et que certains médias sont inféodés au politique.

Le faux problème du communautaire

Pour ce qui est du communautaire, certains politiciens ont manifestement créé les problèmes. Ce sont ceux qui, n’arrivant pas à percer par une vraie politique sociale, instaurent, entretiennent et attisent les différences entre les deux grandes communautés (Flamands et Francophones). Ces gens assassinent le pays Belgique par pur intérêt de parti.

Bien évidemment, en agissant de la sorte, ils doublent ou triplent pour ne pas dire plus tous les emplois politiques.

Résoudre le communautaire

Et pourtant, une solution simple existe. Que dans chaque partie du pays, les documents administratifs soient rédigés dans la langue de la région mais qu’une traduction soit disponible et téléchargeable sur le net. Le coût de ces documents serait certainement inférieur à celui d’une élection et le pays serait enfin débarrassé une fois pour toutes de ces problèmes crées et entretenus par des politiciens plus inquiets de leur futur  que de celui de la population (oserais-je dire de leur employeur, puisque c’est cette population qui les rémunère ?).

Les programmes

Ils sont pour la plupart essentiellement axés sur le combat communautaire. Ils semblent tous avoir oublié la crise économique et financière qui sévit de par le monde. Bien sûr, c’est aussi le communautaire, le saucissonnage multiple des institutions qui leur fournit emplois à distribuer et zones d’influence. Ce n’est pas non plus en agissant de la sorte qu’ils réduiront la dette colossale qui pend au-dessus de nos têtes.

Ils sont presque tous plus concentrés CONTRE quelque chose que POUR quelque chose, ce qui me paraît quand même être l’essentiel. D’autre part, nous n’en voyons plus aucun qui préconise de remettre l’éthique au sein du monde politique parmi ses engagements.

La situation économique

On nous serine partout qu’il faut réaliser 22 milliards d’économie.

Soit.

Je n’ai vu aucun parti qui affichait dans son programme son intention de réduire le nombre incroyable de mandats politiques à tous les niveaux en notre pays.

La Belgique a plus de ministres que la France qui est 18 fois plus grande que notre pays…

La “peoplisation” des politiques

On leur propose un poste valorisant et bien rémunéré de gestion de la chose publique et nombre d’entre eux passent une grande partie de leur temps à jouer aux peoples dans les médias de toutes sortes. Nous sommes en période électorale et « ils » parlent plus de la dernière petite culotte de l’un d’entre eux que de programme économique d’urgence pour sauver le pays.

Les faux-culs

Qui plus est, hors champ de la caméra ou hors de portée du journaliste, ils s’entendent vraiment bien entre eux. Comme larrons en foire, quoi.

Le pire, c’est que c’est nous qui leur payons la foire à ces enfoirés.

Absentéisme du politique

L’absentéisme n’est pas négligeable non plus dans les différentes Assemblées où ils sont supposés devoir travailler, mais je m’en dis pas plus car je risquerais de verser dans la grossièreté.

La Justice

Ah ? Quelle Justice ?

Un signal fort

Il convient donc d’envoyer à tous ces fossoyeurs un signal fort.

Que les citoyens adoptent une certaine forme de désobéissance civile (civique ?).

Que les citoyens n’aillent pas voter ou, à défaut, qu’ils votent pour des partis autres que PS, MR, CDH ou ECOLO.

Je n’en ai pas trouvé à mon goût, donc, c’est en mon âme et conscience que…je n’irai pas voter

Quoiqu’il en soit et même si je sais que ce n’est pas la solution, je ne voterai pas  ce 13 juin 2010 car je ne désire plus être complice de ces malfrats, d’autant plus qu’il n’y a absolument aucune garantie que ce sont ceux que la population va élire qui siègeront.

Le politique n’est plus crédible.

J’écris, persiste et signe,

Charles Clessens

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Au sujet de ce refus de vote, fin juin, une connaissance présente dans le bureau de vote m’a informé par mail de quelques-unes des réactions que mon courrier avait suscitées. 

***

J'étais assesseur dans le bureau de vote xx, tu ne m'as pas vu mais comme j'étais au courant de ton action, j'attendais avec une certaine impatience ton apparition. Elle fut discrète mais efficace. Ton pamphlet de trois pages a suscité des réactions auprès des membres du bureau de vote. Ils ont reconnu le bien-fondé de ta réflexion sur la nécessité de ce vote et la qualité du texte. Tu as été taxé d'anarchiste par le président du bureau et je suis certain que ça te fait plaisir.

Encore bravo pour ta prise de position.

Amicalement,